dimanche 27 septembre 2026

Olympiades d'échecs à Samarcande. L'Ouzbékistan et la Chine triomphent.

 Ces deux dernières semaines se sont disputées les 46e Olympiades à Samarcande en Ouzbékistan. Ce pays d'Asie centrale a misé sur les échecs pour avoir une visibilité sportive et les résultats se paient. A domicile, l'équipe mixte l'a emporté. Chez les femmes, la Chine s'impose à nouveau, 8 ans après le dernier.

Et à la fin de la compétition, les délégués ont élu un successeur à Arkhady Dvorkovich, à la tête de la FIDE.

 

Tournoi mixte : l'Ouzbékistan sans grande crainte.


Avec ses deux joueurs dans le top 5 mondial -Abdusattorov et Sindarov-, plus quelques autres pointures, l'Ouzbékistan (10 points) était favorite à domicile. Elle a rempli son contrat avec autorité : 10 matchs gagnés, une seule défaite contre l'Allemagne à la 8e ronde, histoire de mettre un peu de suspens.  A moins de deux moins de son championnat du monde contre Gukesh, Sindarov montre une bonne forme avec 7/10 et quelques points Elo de gagnés, plus une médaille d'argent en individuel au 2e échiquier. Yakkuboev remporte également l'argent au 3e et Abdusattorov, qui a joué toutes les rondes, remporte l'or en individuel.§

Match Ouzbékistan-Inde, 3e échiquier. L'Indien Sarin, avec les Noirs, a joué 37...Cd6-f5.
Yakkuboev joue et gagne avec 38.Cc5-e6+!! Te7xe6 et 39.g3xh4+ avec la dame noire qui n'est plus défendue. Sarin a continué 15 coups avant d'abandonner. Yakubboev est félicité comme s'il avait marqué le pénalty décisif d'une séance de tirs au but en finale de Coupe du monde de football.

En deuxième position, l'Inde (18 points) n'a pu conserver son titre : la faute à une défaite contre les Ouzbeks à la 6e ronde et une trouvaille de Yakubboev, qui piège Nihal Sarin sur une petite combinaison. L'Inde n'a jamais pu rattraper son retard et elle perd son titre. Mais on a une bonne nouvelle : Gukesh a retrouvé une certaine forme et a réalisé un bon tournoi. Le champion du monde avait accepté (demandé ?) d'être relégué au 4e échiquier derrière Pragg, Eirgaisi et Sarin. Malgré une nulle contre un bien moins classé, Gukesh a redressé la barre et remporte la médaille d'argent au 4e échiquier et 8 points Elo, alors qu'il flirte avec la barre des 2700 Elo. La défaite de la dernière ronde fait néanmoins tâche. Ça fait quand même drôle de trouver un champion du monde en titre dans cette situation.

 

Ensuite, l'Allemagne (18 points aussi) termine troisième ; on n'y a pas prêté attention mais elle était classée 5e au départ. La Mannschaft a des joueurs de talent : Vincent Keymer, dans l'élite mondiale, Matthias Bluebaum -candidat au titre mondial en mars- sont les deux fers de lance d'une équipe qui n'a perdu que contre la Chine et l'Inde.

Avec 17 points, les Etats-Unis, l'Azerbaïdjan, l'Arménie et la Hongrie sont au pied du podium. La Chine (16 points) n'est que 8e et devance au départage la France ; les Tricolores sont à leur place au départ (9e) mais ils ont réalisé un bon tournoi. Ils n'ont perdu que contre l'Allemagne à la 10e ronde et sont passés près d'une victoire contre la Chine, si Maxime Lagarde avait pu concrétiser son avantage contre Wei Yi (mais c'était très dur à trouver sans ordinateur). Marc'Andria Maurizzi (7,5/10) manque de peu la médaille au 4e échiquier, privé par Levon Aronian qui a joué moins de parties que lui. Jules Moussard (5,5/8)  termine 5e au classement de son 5e échiquier. Maxime Vachier-Lagrave (6/10)  a été solide sans pouvoir marquer plus de points (invaincu mais 2 victoires seulement). Etienne Bacrot a alterné le bon et moins bon (4,5/8) mais il finit bien. Enfin Maxime Lagarde (5/8) a bien réussi, si ce n'est ce manqué contre Wei Yi.

Revenons à la Chine et à la satisfaction de voir un Ding Liren heureux de se retrouver devant un échiquier. Ce qu'il a traversé est vraiment très dur et immérité. Ca me fait penser au prochain championnat du monde où le champion du monde au 4e échiquier de son pays jouera contre celui qui jouait au 2e de son pays. Les temps changent...

Si on compare les classements finaux et ceux de départ au Elo, on notera les bonnes performances du Vietnam (19e pour 47e au départ), de la Mongolie (26e pour 51e) et même de l'Ouzbékistan 2, qui finit 18e alors qu'elle était classée 30e au départ. Dans le sens contraire, les Pays-Bas (18e pour 6e) ont perdu gros à la dernière ronde et c'est le lot de ces tournois au système suisse. Dans les résultats décevants, la Grèce (30e pour 19e), la Norvège (sans Carlsen 48e pour 21e) n'ont pas été au niveau que leur classement supposait.
Mais peut-être, une fois de plus, que la déception vient encore des Etats-Unis, quatrièmes qui ratent le podium. Personne ne gagne de points Elo, pas même Aronian (+0,3) malgré une médaille de bronze.

 On va aussi noter quelques performances individuelles : l'argent pour le Turc Erdogmus (1er échiquier), qui impose un peu plus son statut de futur prétendant au titre mondial. Toujours au premier, Praggananandhaa obtient le bronze. L'or pour l'Allemand Svane, qui a été le buteur d'une équipe particulièrement tenace.

La Chine, 8 ans après. 

 Depuis 2018, la Chine n'était plus montée sur la plus haute marche : absente en 2022, 7e en 2024, la sélection chinoise (20 points) a dominé l'épreuve : 9 victoires, 2 nuls et aucune défaite, le tout sans la championne du monde Ju Wenjun. Seules les formations indienne et kazahstanaise ont pu sauver le match nul. Et encore, avec l'Inde à la 10e ronde, c'était pour assurer la victoire une ronde avant la fin. La domination est telle que Zhu Jiner (au 1er échiquier) et Lu Miaoyi (3e +29 points Elo) ont remporté l'or individuel et que Song Yuxin a décroché l'argent au 2e échiquier.

 Le Kazahstan (18 points) termine en deuxième position, également invaincu mais avec 4 matchs nuls pour 7 victoires. Une prestation solide qui, là aussi, confirme l'ancrage du noble jeu dans l'Asie centrale. Et pourtant, la meneuse de l'équipe, Bibisara Assaubayeva -la compagne de Sindarov en passant- s'était ouvertement plainte du manque de soutien du gouvernement.

L'Inde termine troisième et perd également son titre chez les femmes. Humpy Koneru a été très bonne au premier échiquier et au 5e, Shri Savitha réalise un excellent 9/10. La déception bien surtout de Vaishali, la soeur de Praggnanandhaa et future challenger de Ju Wenjun, qui se manque (2,5/6 -17 points Elo) et qui n'a pas joué les trois dernières rondes.

Continuons par les suivants : USA, Pologne, Arménie et Mongolie sont battus au départage par l'Inde. La France (8e au départ) termine 12e : bien partie, la sélection craque dans les deux dernières rondes (Défaite contre le Kazakhstan et match nul contre la Slovénie ce qui est décevant et coûte un top 5-6). En regardant les performances, il n'y a pas eu d'écart notable dans un sens ou dans l'autre. Sophie Milliet, la championne de France, a réussi le meilleur tournoi mais personne n'a frôlé la médaille.

Si l'Inde a perdu ses deux titres, elle conserve par ailleurs la Gaprindashvili Cup, cette coupe qui récompense les nations au score cumulé des deux tournois. Elle devance les USA et la Chine. La France est 8e.

 

 

Élection. Pas de surprise.


Fallait-il vraiment croire autre chose ? Timur Turlov est élu président de la FIDE, en battant au deuxième tour Willy Rosenstein. Né en Russie, naturalisé Kazakh en 2022, président de la fédération de son pays, il n'est pas un inconnu même s'il est jeune (39 ans). Il a racheté la société Chessbase et il préside la Fédération internationale des échecs scolaires. Flanqué de Vishy Anand, qui rempile comme vice-président, il succède à celui dont il devait être le vice-président avant qu'il ne décide de se retirer : Arkady Dvorkovich. Turlov saura-t-il impulser une nouvelle dynamique dans le circuit échiquéen ? Des tournois qu'on ne suit plus, un cycle de qualification au championnat du monde trop confus pour le grand public, attirer de nouveaux partenaires... Turlov est aussi soupçonné par certains d'être un passeur de fonds venant de Russie ; il a fait l'objet de sanctions en 2022 par l'Ukraine. Espérons qu'il aura une autre aura que l'ancien président Iloumjinov. En tout cas, c'est la première fois depuis 1994 qu'un président de la FIDE n'est pas russe.

Cependant, l'écart n'est pas si énorme que ça : 110 à 85. On est loin des réélections presque plébiscitaires. Turlov saura-t-il en tenir compte ? Il a réaffirmé qu'il s'oppose toujours à la réintégration de la Russie aux Olympiades.

 

 

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